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Les vies de nos Poilus

Rencontre avec Claudine Durand et Claude Dapei qui ont entrepris de redonner vie à la mémoire des Poilus Villecresnois.

 

 

 

COMMENT EST VENU L’IDÉE D’UNE RECHERCHE SUR LES POILUS ?

Lors d’une conférence sur Verdun par le Gal Bernède, celui-ci précise que les noms figurant sur le monument aux morts de Villecresnes et ceux sur celui de l’église n’étaient pas les mêmes, et
que cela méritait d’être étudié.
Moi à ce moment-là, je faisais beaucoup de généalogie, ce qui m’intéresse, c’est moins la grande histoire que les gens, la vie. Je suis allée voir par moi-même ces
différences, et en passant devant le monument aux morts, j’étais toute triste, car il n’y a même pas les prénoms de ces pauvres gars.
Alors j’ai commencé à chercher, et je réalise ce travail de fourmi depuis maintenant 1 an et demi.
J’ai commencé à faire la généalogie de ces soldats. Le site de généalogie permet de contacter les familles. J’ai rencontré peu de gens, mais des gens très intéressants qui m’ont donné des renseignements passionnants, des photos. On a même récupéré un journal par un membre de l’association Villecresnes patrimoine, l’un des poilus est le grand-père de sa femme. Le journal
de Jules Masillier, que l’on a transcrit, et que l’on va utiliser pour la deuxième expo sur la Grande Guerre en novembre. C’est un journal incroyable, un petit carnet écrit au crayon, on sent que c’est écrit là, sur le vif.
Parfois l’écriture est très maladroite, où il a froid aux mains ou les conditions dans lesquelles il écrit sont terribles. Par une autre personne, j’ai eu quatre cartes
qui ont été écrites par un soldat aux parents d’un des poilus qui figure sur notre Monument, en racontant à ses parents comment il est mort, c’est émouvant.

 

VOUS COMMENCEZ VOS RECHERCHES PAR INTERNET ET DES SITES SPÉCIALISÉS ?

J’ai commencé par la liste des 56 noms sur le Monument aux morts. Je suis allée chercher un par un et j’en ai trouvé 55, il y en a un qui reste introuvable.
On a bien trouvé des gens qui ont ce nom-là, mais ce n’est pas lui. Les sites sur lesquels on trouve des renseignements il y a les archives, les actes de
naissance, les actes de mariage, les décès, on arrive à remonter à la filière de la généalogie. Il y a les fiches matricules, c’est-à-dire les fiches des soldats. On a de la chance, car tous les soldats nés à Villecresnes étaient enrôlés à Versailles, et les archives des Yvelines sont complètement indexées, donc c’est très facile de retrouver. Alors là, on a tout : la description physique, il y en a un qui avait un petit coeur tatoué, la taille, le niveau d’éducation, etc. La troisième source c’est le site « mémoire des hommes » du Ministère de la défense qui répertorie tous les soldats morts
pour la France. On avait un soldat qui n’est pas sur “mémoire des hommes”, alors nous avons mené une vraie enquête et trouvé pourquoi il n’était pas sur les documents.
Il est mort dans un hôpital après la guerre et les archives de cet hôpital ont brûlé pendant la guerre de 40. Donc nous avons essayé de le réintégrer sur le site du
Ministère qui ont demandé tous les justificatifs, mais on ne pouvait pas les avoir puisque toutes les archives ont brûlé.
On a réussi à trouver des documents qui peuvent remplacer, alors pour l’instant, c’est à l’étude à l’Union des Combattants. Pour moi ce qui est important, c’est leur vie et l’incidence que cette boucherie a pu avoir sur la vie de Villecresnes.

JUSTEMENT SI VOUS AVIEZ UNE HISTOIRE A RACONTER ?

Alors il y a le soldat Abbal et son parcours. Il faut remonter en arrière, dans les années 1860, il y a une petite fille qui est née dans l’Hérault d’une famille d’origine espagnole. Elle perd sa mère très jeune.
Qu’est-ce qu’il advient de sa vie après ? Je ne sais pas, mais on la retrouve à Paris alors qu’elle n’a pas 20 ans. Elle est domestique dans une famille et elle a un enfant naturel comme c’était très fréquent à l’époque.
Ne pouvant pas travailler et s’occuper de cet enfant, elle cherche à le placer, et elle trouve Villecresnes. Elle place un petit garçon qui s’appelle Marcel, et ce Marcel devient un de nos poilus. Quand il a 6 ou 7 ans, sa mère trouve du travail chez un rosiériste. Elle vient donc habiter ici et elle le reprend chez elle. Marcel se marie, il a des enfants, il part à la guerre, il meurt au
combat. Sa veuve se remarie et elle a des enfants de son deuxième mariage, dont une fille qui est toujours vivante et que j’ai rencontré. Elle avait les larmes aux yeux quand je lui ai parlé, parce que c’est son beau père, qu’elle n’a pas connu, par contre elle a très bien connu le fils de ce poilu parce qu’elle a été élevée avec cet enfant orphelin de père.
Ces rencontres avec cette dame, c’était extraordinaire. C’est une dame de 89 ans, la deuxième fois, elle me dit : oh ! j’ai trouvé des documents je ne sais pas si ça va vous intéresser. Elle m’apporte une petite pochette en plastique et c’était la photo du soldat quand il était petit, alors bien sur c’est passionnant. Elle habite toujours Villecresnes au Bois Prie Dieu.

VOUS AVEZ RENCONTRE BEAUCOUP DE PERSONNES ?

J’ai rencontré deux personnes et beaucoup virtuellement via le site geneanet avec des discussions intéressantes. Il y avait un cas qui m’intriguait beaucoup dans les soldats. Il y avait un nommé Robillard que je ne trouvais dans aucun acte d’état-civil. Par contre sur ce site, j’avais trouvé une personne qui avait ce soldat Robillard et qui racontait qu’il était mort à la guerre, donc ça semblait bien être le même, mais je ne voyais pas le rapport avec Villecresnes.
Donc je suis rentrée en contact avec cette personne qui est sa petite-nièce. C’est une famille qui était originaire du Nord Pas-de-Calais, il était mineur de profession, donc on se demandait bien ce que ça avait à voir avec notre commune. Cela faisait plus d’un an que je le cherchais celui-là. Je me disais, il faut vraiment que je le trouve parce que j’avais des choses à raconter sur lui. C’est une famille de 10 enfants, une famille de mineurs très pauvres, le père était agitateur syndical à l’époque dans les années 1900, et la mère tenait un bistrot et était championne de France de tir à l’arbalète. Mais je ne pouvais que citer son nom, mais je ne pouvais rien dire sur lui car je n’étais pas sûr que c’était lui.
J’ai été en contact plusieurs fois avec sa nièce. Et il y a 15 jours en étudiant un par un tous les actes civil de Villecresnes, je trouve un mariage en 1920/1921, le mariage d’une femme veuve de Robillard. Alors là, c’est “mon soldat” !
Je me mets tout de suite en contact avec la nièce, qui me dit : oui effectivement, c’est le renseignement qui nous manquait, donc maintenant on va aller chercher le mariage, on a maintenant le nom de sa veuve, on est sûr qu’il était marié. Manque de chance, le mariage, c’était à Yerres, et les archives de Yerres ne sont pas facilement accessibles. J’avais été en contact avec une association de généalogie de Yerres, je leur avais envoyé un message en leur demandant s’ils pouvaient aller fouiller sur place, j’ai eu la réponse à minuit le soir. Et là, ça y est, on a tout, le parcours du soldat. Vraisemblablement, il est venu à Villecresnes travailler chez les rosiéristes, mais il n’a pas dû y rester longtemps.

Vous voyez par exemple le maire Richerand, tout le monde le connaît ici, il y a la rue Richerand et il a été maire pendant des années. Richerand avait 2 filles, il a une fille qui est morte en couche, qui a accouché d’un petit garçon qui est le poilu de Panafieu. Il est mort à 18 ans, engagé volontaire.

1 ans et demi, 2 000 heures de recherche, 6 500 personnes étudiées, 22 000 fiches « mémoire des hommes » indexées. C’est un travail de fourmi !

Oui ! Un exemple de petits trucs de fourmi, le week-end dernier, je suis allée à Verdun, et on est passé à Vauquois. J’avais noté le nom des soldats qui étaient morts à Verdun et à Vauquois.
Là-bas j’ai demandé s’il y avait un registre, parce que là, ça a été une boucherie effroyable. Un monsieur a eu la gentillesse d’aller le chercher , je lui ai alors demandé de regarder au nom Liénard. Effectivement, il y avait une ligne avec un Liénard, mais avec un prénom qui ne correspondait pas.
En rentrant, je vérifie tout ça et je me dis, c’est quand même bien notre Poilu, parce qu’il n’y a pas de raison qu’il n’y soit pas, j’ai son acte de décès, j’ai sa fiche “Mémoire des hommes”, j’ai sa fiche matricule et les trois donnent la même date de décès et le même lieu de décès, donc c’est bien notre soldat, les prénoms ont dû être mélangé. Je suis allée vérifier qu’il n’y avait pas un autre Liénard qui était mort à Vauquois, il n’y en avait pas, c’est donc bien notre soldat. Alors j’ai écrit à Vauquois pour leur dire qu’il doit y avoir une confusion. J’ai remarqué que l’un des témoins de décès avait pour prénom Marcel, donc je pense qu’il y a dû avoir une confusion.

Le travail considérable effectué par Claudine, c’est que nous sommes partis d’un monument en pierre avec des noms totalement oubliés, et là, on a des gens qui revivent.
Des jeunes, et avec eux leur famille, leurs descendants.
Elle a réveillé toute cette histoire locale qui avait disparu. La mémoire de la guerre de 14, évidement ce sont des batailles, des victoires, des défaites, mais ce sont avant tout ces hommes.

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