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De la mémoire à l’Histoire

Ancien combattant, Gilbert Lambert, 87 ans, a reçu de prestigieuses décorations militaires françaises et américaines dont la Légion d’honneur.

A l’heure où nous commémorons le centenaire de La Grande Guerre, Gilbert Lambert, vétéran Villecresnois, nous a ouvert avec pudeur le carnet de ses souvenirs de guerre. Il n’est pas seulement le témoin des grands bouleversements qui ont secoué le XXème siècle, il en est l’un des acteurs.
Son récit n’appelant aucune question mais de la réserve et le partage du devoir de mémoire.

Je me suis engagé dans l’armée en 1949. J’avais alors 19 ans, comme je n’étais pas encore majeur, il avait fallu la signature de mon père.
J’étais une forte tête, je me suis dit que l’armée ne pourrait pas me faire de mal. Après mes classes à Tarascon, j’ai été envoyé en Allemagne. On faisait des allers et retours sur Berlin. A l’époque, Berlin était divisé en secteurs avec à l’Est, les russes, et de l’autre côté du mur, les secteurs français, britannique et américain. A Berlin c’était vraiment la prison, on ne pouvait pas sortir de notre secteur, en plus les allemands nous considéraient comme une armée d’occupation.

En octobre 1950, je me suis porté volontaire pour être envoyé en Corée. On est arrivé au début de l’hiver en pleine bataille, il faisait jusqu’à – 40° et on a combattu tout de suite. Nous avons échangé nos tenues militaires pour des tenues américaines.
J’ai été blessé en février 51. J’ai reçu une balle dans la cuisse mais j’ai eu de la chance parce qu’elle devait être en bout de course, elle n’est pas ressorti et elle n’a pas non plus pénétré profondément la chair.
Les blessés descendaient comme ils pouvaient du front, selon les blessures. Soit on était soigné sur place, soit on nous envoyait par hélicoptère au Japon, directement à l’hôpital. Je me suis donc retrouvé à Tokyo, ils m’ont bien soigné pendant 2 mois.
J’ai refusé d’être rapatrié, j’envisageais une carrière militaire et je voulais retrouver ma compagnie. Je suis donc reparti pour la Corée. On a beaucoup bourlingué, je ne me rappelle pas toujours de toutes les batailles que j’ai pu faire.
Pour exemple l’autre jour, j’étais à une réunion d’anciens combattants et il y avait des jeunes ; l’un disait : « on ne retrouve aucuns anciens combattants pour nous parler de la bataille de la cote 1037*, et là d’un seul coup, tout m’est remonté en mémoire.
J’ai effectivement participé à cette bataille très difficile. Il avait fallu remonter la cote pour descendre nos morts, ça nous avait tous marqué. A mesure que je parlais, je me rappelais ce qu’on avait fait, et j’ai été pris par l’émotion.

*Ndlr : pour le combat de la cote 1037 et pour l’unique fois au cours de
la guerre de Corée, les volontaires français, seuls, vont y combattre les
Chinois avec des conditions climatiques extrêmes, des pertes élevées
subies par le bataillon et la redescente des corps dans un terrain très
escarpé.

**Ndlr : la bataille porte le nom de « Crèvecoeur » (heart-break ) l’une
des batailles les plus dures de la guerre qui opposa, en 1950-1953, la
Corée du Nord et la Chine d’un côté à la Corée du Sud et aux forces des
Nations unies de l’autre. La compagnie du bataillon français de Corée
mena, entre septembre et octobre 1951, un combat acharné.

***Ndlr : Général Monclar : médaillé Militaire, grand-croix de la Légion
d’Honneur, compagnon de la Libération, titulaire des Croix de guerre
1914-1918, 1939-1945 et des TOE, de la Légion of Merit avec rang
d’officier, de la Silver Star, de la Military Cross, et de nombreuses
décorations étrangères. Sept fois blessé, il était titulaire de 22 citations.

****Matthew Bunker Ridgway est un général américain qui s’est
notamment illustré au cours de la Seconde Guerre mondiale et de la
guerre de Corée.
Extraits choisis :
la totalité de l’interview sur www.villecresnes.fr

Crédits Photo :

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